18 déc. 2007

Charles Jourdan Liquidé / Jourdan's Bankruptcy

L'annonce de la liquidation judiciaire de Charles Jourdan est tombée hier, résultat d'une gestion financière et industrielle catastrophique, pas vraiment une surprise, mais un constat amer. Avec un PDG inculpé en Suisse pour le détournement de près de 20 millions de dollars, et une marque qu'ils n'étaient pas certain de récupérer, on comprend que Repetto ou l'américain Omniscent (développeur de marques) aient renoncé à reprendre l'entreprise. C'est triste pour les 197 Jourdan, salariés de l'entreprise, qui se retrouvent sans boulot.

C'est tout un savoir-faire qui disparaît, mais c'était écrit.



Septembre 2003

Elle publie un article sur la nomination de trois nouveaux directeurs artistiques à la tête des trois derniers fabricants de Romans (dans les années 70, la ville en comptait plus de trente): Michel Vivien chez Clergerie, Alain Tondowski chez Stéphane Kélian et Patrick Cox chez Charles Jourdan. Ces trois entreprises traversent depuis les années 90 crises sur crises, n'ayant pas pris la mesure des bouleversements de l'industrie du luxe. 

Le marché de l'accessoire est devenu un business et face à la puissance des grands groupes, LVMH, Prada, Gucci and co, les entreprises romanaises survivent tant bien que mal. Sans entrer dans une analyse économique, les coûts de fabrication français ne peuvent faire face à une industrie italienne compétitive, où la main d'oeuvre est moins chère et plus malléable. "Là où les français disent non, les italiens répondent d'accord". Et sans parler de délocalisations en Chine, le Portugal et l'Espagne sont deux pays qui ont eux aussi su répondre aux exigences de qualités et de coûts des créateurs français. Bref, sans douter du talent de ces trois créateurs, leur mission semblait impossible. D'autant que la communication et le marketing n'ont pas vraiment suivi. Vous en avez entendu parler vous de leurs collections?

Libération, 30 août 2005

Kélian est en faillite, Jourdan en redressement, seul Clergerie arrive à s'en sortir. Même constat que deux ans auparavant : "Trop de références (3000 en moyenne par an pour Clergerie, Kélian et Jourdan), trop de séries à produire, trop d'exigences sur la qualité des matières premières, trop peu de productivité, trop de savoir-faire et une clientèle difficile. Le métier, qui connut la gloire dans les années 70, ne correspond plus aux logiques économiques de 2005. Les anciens professionnels ont laissé la place à des investisseurs financiers." Roland Jourdan, Stéphane Kélian ou Robert Clergerie "étaient à l'usine de 8 heures du matin à minuit s'il le fallait. Ils savaient tout faire, c'étaient des artisans plus que des industriels." CQFD.

Seul Robert Clergerie, qui avait cédé son entreprise en 1999 tout en restant consultant de la marque, avant de prendre sa retraite en 2001, a réinvestit début 2005 ses économies pour racheter son entreprise qu'il dirige à nouveau. "André Perugia, le maître qui m'a formé, avait l'habitude de dire que les vêtements sont fait pour être portés. Une chaussure pour vous porter. Si on oublie ça, on n'a aucune chance de survivre." Souhaitons lui un autre sort et surtout qu'il forme la relève.

Avec cette liquidation, la maison Charles Jourdan est maintenant une page de l'histoire de la chaussure de luxe française.

De la marque Seducta lancée dans les années 30, à la conquête de l'Amérique et l'ouverture des premières boutiques françaises dans les années 50. Dans les années 60, Charles Jourdan orchestre une série de campagnes publicitaires avec des photos signées Guy Bourdin, dont vous pouvez voir un bel exemple sur Café Mode. En 1971, Roland Jourdan est nommé président du groupe, tandis que ses frères vendent leur parts. Karl Lagerfeld lui confie la réalisation de ses chaussures en 1980, la marque Seducta est relancée, mais Roland Jourdan passe la main en 1981, l'entreprise est rachetée par un groupe Suisse et c'est le début de la fin.

Je ne peux pas m'empêcher de faire un rapprochement avec la maison Ferragamo, et de constater que ce qui manque peut-être en France, c'est ce côté family business des italiens. Avant de décédé en 1960, Salvatore Ferragamo avait formé sa fille Fiamma qui reprit tout naturellement la direction du département chaussures, sous la direction de sa mère Wanda. Salvatore voyait loin et avait imaginé la Femme Ferragamo, vêtue de pied en cap par la marque, vêtements, sacs, parfums, accessoires et bien évidemment souliers. Les héritiers ont continué le rêve avec le succès que l'on sait. C'est la troisième génération d'une entreprise entièrement familiale, même si elle songe à une introduction en bourse, et ça fait toute la différence.

Je ne saurais trop vous conseiller pendant ces fêtes familiales de fin d'année, d'aller faire un tour dans les placards de vos mères, tantes, cousines..., pour voir s'il ne s'y cache pas quelques modèles Seducta de Jourdan. Car comme le constate si justement Géraldine, ce sont maintenant des objets de collection.

PS à 18:37: petite consolation, avec le retrait d'Omniscient, l'entreprise Charles Jourdan n'est pas tombée dans les mains de Cathy et Paris Hilton. Un brin chauviniste, j'avoue. Enfin, la marque appartient bien toujours à quelqu'un, même si je n'ai pas encore très bien compris à qui.

I heard the news yesterday. Charles Jourdan, the troubled French luxury footwear and accessories brand that filed for bankruptcy protection in September, is being liquidated by the French commercial courts. Not really a surprise but a sad news. The American group Omniscient, just like Repetto last week, retracted its offer to buy Jourdan because it was unclear whether the current firm actually owns the rights to its own brand. Meanwhile, police in Switzerland arrested Jourdan's last owner, Yannis Bilquez, for alleged "disloyal management". It's pretty sad, especially for the 197 workers of the factory who lost their job and my only consolation is that the brand won't belonged to Cathy and Paris Hilton. I confess that it's a chauvinist reaction but I can't help it. Anyway, this sad ending was written.

September 2003. Elle, the French magazine published an article about the three shoe designers hired as creative directors (Michel Vivien for Robert Clergerie, Alain Tondowsky for Kélian and Patrick Cox for Charles Jourdan), and titled : "They will save the French footwear industry". These three last Romans factories (in the 1970s, more than thirty were established in the city) went through economical crisis from the beginning of the 1990s. It seems that they didn't anticipate the boom of the luxury accessories industry and the development of the fashion conglomerates like LVMH, Prada, Gucci and Co. Besides, the French fabrication costs couldn't compete with the Italian ones, cheaper and more reactive. "When the French say no, the Italian answer all right." And without talking about the "made in China", French brands found in Spain and Portugal qualities and lower prices than in France. So it was quite an impossible mission for those talented designers. Moreover, there was a lack of communication and advertising. I've never heard about their collection and I doubt you did.

August 2005. The situation was worse. Kélian was declared bankrupt, Jourdan was close to it and only Robert Clergerie could maintain his production. Times and men have changed. Roland Jourdan, Stéphane Kélian and Robert Clergerie were at the factory from height in the morning until midnight if they needed to. They knew everything about the fabrication, they were artisans more than industrials and it didn't work anymore. Only Robert Clergerie who sold his brand in 1999, reinvested all he had in 2005 to run his factory again. We could only wish him to keep on doing it with success.

So now, Charles Jourdan is part of the French footwear history. He launched his brand Seducta in the 1930s, in the fifties he opened his first boutiques in France and the United States and in the sixties his collaboration with the French photographer Guy Bourdin gave us a beautiful ad campaign as you can see @ Café Mode. In 1971, Roland Jourdan, one of Charles's three sons, took the head of the factory while his brothers sold their shares. In 1980, he did the Karl Lagerfeld's collection but in 1981he sold the brand to a Swiss conglomerate and it was the beginning of the end. While I was writing this article I couldn't help myself thinking about Ferragamo and the fact that we miss the "family business" attitude of the Italian. When Salvatore Ferragamo died in 1960, his daughter Fiamma was ready to run the shoe department and his wife the brand. The man was inspired and had thought about the Ferragamo Woman dressed from head to toe by his brand. His heirs worked to make it real with the success we know and Ferragamo remains a family business until now.

Well if i can give you an advice, I think it's time to take a look in the dressings of your mothers, aunts, cousins and so, maybe you could find some pairs of vintage Seducta because they are now collectibles.

6 commentaires:

fanette a dit…

ça vaudrait le coup d'écrire l'histoire de la marque. Très bel article.

MISS GLITZY a dit…

Merci. Et oui, raconter l'histoire serait une bonne idée.

Café Mode a dit…

Je me souviens très bien de ce papier dans Elle : sans trop pouvoir me l'expliquer, je n'avais pas cru une seconde que Patrick Cox allait pouvoir sauver Charles Jourdan. Pour moi, elle était sûrement déjà moribonde...
Merci pour toutes ces infos et pour les liens!

Carolina Lange a dit…

The shoe at the top of the post are so beautiful! As my franch is not so good I'll wait for the translation.
Your blog is so interesting!

MISS GLITZY a dit…

@Géraldine. Effectivement, en 2003, l'entreprise allait très mal et je n'avais pas cru non plus à Patrick Cox en sauveur de la marque.

@Carolina. Thank you, I'll do the translation soon.

Anonyme a dit…

福~
「朵
語‧,最一件事,就。好,你西.............................................................................................................
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