19 mars 2008

La Pantoufle de Cendrillon / Cinderella's slipper

Longtemps j'ai fait ma maligne en affirmant (je peux être très péremptoire parfois) que la pantoufle de Cendrillon était en vair* et non en verre. A ma décharge, lorsque l'on m'a raconté l'histoire je ne savais pas encore lire et j'avoue que depuis je n'ai pas rouvert un recueil de Charles Perrault. L'image d'une pantoufle, enfin plutôt d'un escarpin, bordée de fourrure s'est donc formée dans mon esprit jusqu'à ce que des textes viennent ébranler mes certitudes. Un coup en verre, l'autre en fourrure, elle était en quoi finalement???



Autant pour moi (ou au temps pour moi, comme me le fait remarquer Fred The Mole en commentaire. Je ne sais plus quoi penser).

Revenons à nos moutons. D'où vient le vair? Quelques requête Google plus tard, il semble que ce soit Balzac et Littré qui décidèrent de corriger la graphie "au nom de la raison...". Vous avouerez qu'un soulier fait en verre est difficile à imaginer et j'ai toujours trouvé ça un peu masochiste. Cependant, Balzac n'a pas pu s'inspirer de la Vénus à la Fourrure de Léopold Sacher-Masoch. Le livre est paru en 1869, dix-neuf ans ans après sa mort.

Gustave Doré
Ceci dit le texte de Perrault reprend un conte qui remonte au Ier siècle avant JC et que l'on retrouve en Chine au IXème siècle (le soulier est en or et les personnages de la marâtre et de sa fille entrent en scène). Dans le conte grec, l'histoire se déroule en Egypte où le soulier devait être une sandale en papyrus, jonc ou roseau, l'héroïne étant courtisane. Il faut donc croire qu'en France au XVIIème siècle, le verre était un matériau rare et précieux.

Chez les frères Grimm, on trouve la description de deux paires de souliers. Lors des deux premiers bals, Cendrillon porte des pantoufles brodées de soie et d'argent et au troisième, des escarpins en or. C'est un de ces escarpins qui reste collé sur une des marches de l'escalier préalablement enduit de poix. Le prince en avait marre de lui courir après. En lisant le texte, je me suis rendue compte qu'il était aussi beaucoup plus gore que celui de Perrault. Les deux vilaines soeurs s'amputent, le pouce pour l'une, le talon pour l'autre, afin de pouvoir chausser l'escarpin. Et comme si ça ne suffisait pas comme châtiment, deux oiseaux leur crevent les yeux à la noce de Cendrillon. Amputées et aveugles, ca vous apprendra à être méchantes, sottes et superficielles. De l'utilité des contes...


Et pour vous, il était comment le soulier de Cendrillon?

*Du latin varius, qui signifie moucheté, tacheté ou bigarré. Apparu dans la langue française au XIIème siècle, nom ancien de la fourrure du petit-gris, écureuil de Russie.

This note is about the French word describing Cinderella's slipper. In French the words "vair" and "verre" have the same pronunciation and for a long time I was absolutely sure that the slipper was in fur and not glass. ("vair" defines the speckled fur of a little Russian squirrel). But then I read texts that made me wonder how Charles Perrault described it in its fairy tale. And the answer was "glass slipper". In fact, it was Honoré de Balzac who decided to change the "verre" into "vair" because he thought that it was more believable. Anyway, the tale appeared in the first century before J.C and then in the ninth century after J.C in a Chinese fairy tale where the shoes are in gold. So I believe that in France in the seventeen century the glass was precious and rare. In the Grimm's version you find two pairs of shoes. First Cinderella wears silky slippers with silver embroidery and at the last party she lost one of her golden pumps. This version is more scary than the Perrault one. One of the sister cut her big toe to wear the pump and the other one her heel. And as if those punishments aren't enough two birds gouge their eyes out.

6 commentaires:

Fred The Mole a dit…

Ah Bon !
Ben moi c'était vair ... Mince alors le monde s'écroule autour de moi ....
Par contre "autant pour moi" s'écrit "au temps pour moi" Oui je sais ça surprend !
Pourquoi ? Eh bien il s'agit au départ d'un terme militaire pour la présentation des armes qui s'effectue en plusieurs temps (les militaires aiment bien ce genre de conneries).
Cette explication figure d'ailleurs sur le site de l'académie française ... Je sais incroyable. Même moi je me sui foutu de la gueule de ceux qui écrivaient au temps pour moi pendant des années alors ... C'est dingue hein ?

Fred the Mole

Fred The Mole a dit…

Bon mon clavier est plein de thé
ça merde

FtM

MISS GLITZY a dit…

@ Fred: C'est dingue effectivement. Je n'ai imaginé que cela pouvait s'écrire ainsi. Désolée pour le clavier.

Material Girl a dit…

Ton post est excellent, passionnant!!! Oui tout pareil, pour moi, je me suis toujours targuée de corrigée par "non en vair"!!!! Genre, je suis culturée moi madame! Et pour au temps pour moi, qu'elle révélation, quelle remise en question!!

Anonyme a dit…

Et voilà, ce qui me restait de crédibilité s'effondre. Moi qui disait souvent il sont vraiment trop bêtes ces Ricains avec leur dessin animé montrant une pantoufle de verre! Voilà que le joli monde de Disney avait raison depuis tant d'années... Je vais peut-être me remettre à croire aux tapis volants, aux ours qui dansent en bougeant leur popotin, aux fées et autres chats qui jouent du jazz. Merci Miss Glitzy... Oror

Fred The Mole a dit…

Au temps pour moi

Il est impossible de savoir précisément quand et comment est apparue l’expression familière au temps pour moi, issue du langage militaire, où au temps ! se dit pour commander la reprise d’un mouvement depuis le début (au temps pour les crosses, etc.). De ce sens de C’est à reprendre, on a pu glisser à l’emploi figuré. On dit Au temps pour moi pour admettre son erreur — et concéder que l’on va reprendre ou reconsidérer les choses depuis leur début.
L’origine de cette expression n’étant plus comprise, la graphie Autant pour moi est courante aujourd’hui, mais rien ne la justifie.
http://www.academie-francaise.fr/langue/questions.html#au_temps

Hum ... Voilà voilà

Fred the Mole