5 mai 2008

Vivre sur un grand pied

J'aime bien connaître l'origine des expressions. C'est en faisant des recherches de textes pour l'exposition autour de Maurice Arnoult que j'ai découvert que cette expression vient des longueurs hiérarchisées de la Poulaine.

Le modèle au premier plan est une réplique réalisée au XIXe d'un modèle du XVe. 

La Pigache qui la précèdent apparaît au XIIe siècle, et le règne de la Poulaine débute lui au XIVe. L'invention de ce modèle de soulier, assez extravagant par sa pointe démesurée, est attribuée au Chevalier Robert Le Cornu. Il semble qu'il ait été rapporté d'Orient par les Croisés et dérive de la chaussure à bout relevé syrienne, akkadienne et hittite. En outre, il correspond à la verticalité de l'esthétique gothique. Réservée d'abord à l'aristocratie, cette mode est imitée par les bourgeois et les petites gens, ce qui pousse les autorités à réglementer la longueur des pointes, de 1/2 pied pour les gens du commun, 1 pied pour les bourgeois et 1 à 2 pied 1/2 pour les princes. Aussi pour faciliter la marche, ces derniers doivent-ils l'attacher au genou avec des chaînes d'or ou d'argent.

Faite de cuir, de velours ou de brocart, sur le dessus découpée en fenêtre d'église ou parfois ornée de dessins obscènes, terminée souvent par un grelot ou un bec d'oiseau, la Poulaine connaît aussi une version militaire. Portée dans toute l'Europe par les hommes, par les femmes, par certains ecclésiastiques, condamnée par les évêques, excommuniée par les Conciles car jugée trop obscène, interdite par les rois, la Poulaine désormais "fruit défendu" n'en devient que plus attractive et fait fureur à la cour de Bourgogne ou celle d'Anjou.

Le livre du coeur épris du roi René d'Anjou, miniature de Barthélemy d'Eyck (1460)
Elle disparaît au début du XVIe siècle, mais on en trouve encore quelques réminiscences dans des modèles de souliers contemporains.

© 2008 Miss Glitzy
Je ne vivais pas sur un grand pied lorsque j'ai acheté ces bottines Bruno Frisoni en 2001, en même temps le montant du chèque à l'époque aurait pu le laisser supposer. A dire vrai, je ne sais toujours pas pourquoi je les ai acheté, peut-être parce que j'aimais cette interprétation de la bottine à lacet 1900. Je les ai portées une fois, et puis soigneusement rangées dans leur boite, tout simplement parce que je ne suis pas une fille qui porte des bouts pointus. Depuis, j'hésite entre les conserver ou les vendre sur eBay. Vous feriez quoi à ma place?

I like to discover the origin of an idiomatic expression especially when it's related to foot and shoes. When I was looking for different texts for the forthcoming exhibition around the life and work of Maurice Arnoult, I found out that the French expression "Vivre sur un grand pied" come from the hierarchical lengths of the Poulaine toe style as you can see in the first picture.
It seems that there is no equivalent idiom in English including the word "foot" but it describes a wealthy and little bit show off way of living. 

First known as "pigases" in the 12th century, the Poulaine became a fashion style in the 14th and her invention is attributed to a French Knight, Robert Le Cornu. But it seems that this long toe style was brought back by the Crusadors from the Middle East where there was and still is a tradition of pointy-toed footwear. First worn by the aristocracy, this trend was imitated by the middle and low classes. That's why the authorities decided to regulate the length of the "pikes" according 1/2 foot for common people, 1 foot for the bourgeois and 1 to 2 feet 1/2 for the princes whom had to chain them to their knees. The Poulaine was worn in western Europe by men, women, and some ecclesiastics, but was excommunicated by Church and condemned by the kings because of the obscenity of this long toe style. But as it became some kind of forbidden fruit, these shoes became highly attractive especially at the French court of Burgundy and Anjou.

This fashion trend disappeared at the beginning of the 16th century but we can find some reminiscence in nowadays shoes. I wasn't so wealthy when I bought this pair of Bruno Frisoni's boots in 2001, in fact I still don't know why I bought them, maybe because I liked this interpretation of the 1900 boots. I worn them only once and them put them back in their box simply because I'm not a the kind of girl who wear pointy shoes. Since then I don't know if I have to sell them on eBay or keep them. What will you do if you were me?

4 commentaires:

Jean Pierre a dit…

Well, si vous êtes vraiment "une fille qui ne porte pas des bouts pointus", l'histoire est sans issue.

je vous suggère tout de même de les porter, elle sont très belles.

"For bed only", comme disait une des amies américaine , may be ???

Mary-Laure a dit…

Tres interessant, ton post!
Je ne suis pas tres bouts pointus, mais ces bottines lacees sont tres chic, un peu naughty...
J'ai fait un post sur les talons il y a quelques jours, ca t'interessera peut-etre...?

MISS GLITZY a dit…

@ jean pierre: je sais bien qu'elles sont belles, c'est pourquoi j'hésite à m'en séparer. Je comprends très bien votre amie américaine. J'ai une paire de sandales, dont je parlerai un jour, avec lesquelles je ne peux marcher, et je me suis effectivement dit: "for bed only"!

@ mary-laure: j'ai lu ton post sur les talons et oui, elles ont un petit côté naughty et fétichiste, c'est certainement une des raisons qui fait que je les garde.

ed a dit…

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