27 août 2014

LES NUAGES DE SILS MARIA


En cette dernière semaine d'août, qui sent la fin des vacances et le retour, petit à petit, au travail, deux billets publiés sur les blogs de Café Mode et Doucement le matin m'ont donné envie de revenir sur le très beau film d'Olivier Assayas, Sils Maria, vu la semaine dernière.

L'une parle du visage de Juliette Binoche, l'autre de son rire, parce que ce rire est un tel plaisir à attendre. Il éclate littéralement, sans retenue et illumine tout son visage. C'est un rire de terrienne, puissant et communicatif. Un rire généreux et sans fard à l'image du travail de l'actrice. 

Photo Carole Bethuel

Ça faisait longtemps aussi que je n'avais pas eu envie de revoir un film. 

De retrouver ce visage, miroir des émotions qui traversent le personnage de Maria Anders, actrice de renom fragilisée par la mort du dramaturge qui l'a découverte vingt ans plus tôt et qui accepte néanmoins de jouer dans une nouvelle mise en scène de la pièce qui lança sa carrière, mais dans le rôle cette fois d'Helena, la femme de 40 ans. Une femme d'entreprise à la vie bien rangée qu'une jeune femme libre, frondeuse, rebelle et sans états d'âme va pulvériser et bouleverser jusqu'à l'abandon et la mort. Avoir été Sigrid et accepter d'incarner Helena avec tout ce que cela comporte de douleurs, de frustrations, de difficultés et de danger. 

Photo Carole Bethuel

Et de savourer encore le merveilleux duo que forme Juliette Binoche et Kristen Stewart, qui m'a bluffé par sa présence, l'intelligence et la finesse de son jeu, dans ce rôle d'assistante personnelle, personnage de l'ombre mais au coeur de l'intimité de celle qu'elle assiste. Sacré boulot soit dit en passant. 


Je suis de la génération de Juliette Binoche, je me souviens de Rendez-Vous d'André Téchiné ou de son interprétation de Nina dans la Mouette de Tchekhov et je n'ai jamais vu Twilight. Mais je ne suis pas prête d'oublier Kristen Stewart dans ce rôle de Valentine, de son très beau timbre de voix et de son visage aussi. 

Photo Carole Bethuel

Sils Maria est une réflexion subtile sur le métier d'actrice, sur le temps qui passe inexorablement, sur la confrontation entre deux univers cinématographiques, entre deux générations d'actrices - une Maria Anders/Juliette Binoche ancrée dans la culture européenne malgré une carrière hollywoodienne et une Jo-Ann Ellis/Chloé Grace Moretz, jeune star d'Hollywood qui gère sa carrière, ses dérapages, ses amours, ses rehabs, les paparazzi et tout ce qui circule sur elle sur Internet avec maitrise et sans froid.

C'est aussi la beauté immuable de la nature, celle des Alpes suisses et du village de Sils Maria. Et de ce phénomène météorologique de Maloja Snake, nuages qui s'engouffrent dans le col de Maloja et se déversent tel un serpent sur toute la vallée. C'est à la faveur de l'apparition de ce serpent nuageux que le personnage de Valentine disparaît, renonçant à ce rôle d'assistante devenu de plus en plus pesant au fur et à mesure des répétitions de la pièce et de la peur qu'inspire à Maria Anders ce personnage d'Helena qu'une part d'elle-même refuse d'incarner. 



La dernière scène entre Maria Anders et Jo-Ann Ellis avant la première de la pièce à Londres m'a fait penser à All About Eve de Joseph L. Mankiewicz. Autre grand film où une actrice de 40 ans se voit supplanter par une jeune femme ambitieuse qu'elle avait pris sous son aile comme assistante personnelle.

Sils Maria se clôt de manière plutôt abrupte sur le visage de Juliette Binoche avant le lever du rideau. Ce fameux visage aux multiples expressions et émotions à fleur de peau. Et pendant que se déroulait le générique de fin, j'entendais résonner le rire tonitruant de Juliette Binoche, un rire bien vivant défiant le temps qui passe. 

2 commentaires:

Marcel Paname a dit…

Jolie critique ! Je partage ta fascination pour le visage et la voix de cette actrice pas comme les autres...

MISS GLITZY a dit…

@Marcel Paname : merci !!!